L’évolution des défaillances d’entreprises constitue un indicateur clé de la santé économique et du niveau de risque auquel sont exposés les acteurs économiques. Dans un contexte marqué par des tensions persistantes sur les trésoreries, des délais de paiement élevés et un environnement réglementaire en mutation, le suivi de ces données est essentiel pour les entreprises.
 

L’étude publiée par Altares, dresse un état des lieux précis des défaillances et procédures collectives en France au quatrième trimestre et sur l’ensemble de l’année 2025. Elle met en lumière un niveau historique de défaillances, tout en faisant apparaître des signaux de ralentissement en fin d’année.

Une trajectoire de défaillances en nette hausse sur dix ans

Après une baisse progressive entre 2016 et 2019, puis un net recul en 2020 et 2021 lié aux mesures de soutien exceptionnelles, le nombre de défaillances repart fortement à la hausse à partir de 2022. La dynamique s’accélère en 2023 et 2024, pour atteindre en 2025 un niveau proche de 70 000 procédures.

La structure des défaillances reste dominée par les liquidations judiciaires directes, tandis que les redressements judiciaires progressent sensiblement sur la période récente. Les procédures de sauvegarde demeurent quant à elles marginales mais relativement stables dans le temps.

 /img/graphique-banque-de-france-1.png

Un record annuel, mais une hausse qui ralentit 

Après plusieurs années de rattrapage post-Covid, 2025 marque un nouveau sommet. Le nombre total de défaillances progresse de +3,1 % sur un an, mais la tendance s’essouffle au dernier trimestre :

  • +1,7 % au T4 2025,
  • contre +10 % au T4 2024,
  • et +38 % au T4 2023.

Cette décélération concerne principalement les liquidations judiciaires, qui reculent de 1,3 % au quatrième trimestre, tandis que les redressements judiciaires augmentent de 8,6 %, signe que davantage d’entreprises tentent de poursuivre leur activité sous protection judiciaire.

Des fragilités contrastées selon la taille des entreprises

Les PME et ETI de plus de 100 salariés sous forte pression

La situation reste particulièrement préoccupante pour les entreprises de taille significative. En 2025, 236 PME-ETI de plus de 100 salariés ont fait défaut, soit une hausse de 18,6 % sur un an, très supérieure à la moyenne nationale.

Ces grandes défaillances se concentrent principalement dans :

  • l’industrie manufacturière (21 % des procédures),
  • le secteur sanitaire et social (12 %),
  • les services administratifs aux entreprises (19 %).

Au total, 267 000 emplois sont menacés en 2025, un chiffre encore en hausse mais qui se stabilise en fin d’année, avec environ 68 000 emplois concernés sur le seul T4.

Les TPE toujours vulnérables

À l’autre extrémité du tissu économique, les structures de moins de 3 salariés restent fortement exposées. Sur le 4ème trimestre 2025, 14 162 très petites entreprises ont fait l’objet d’une procédure collective, soit +5 % sur un an.

Sur l’ensemble de l’année, la hausse atteint +4 %, confirmant la fragilité persistante des entreprises disposant de peu de marges de manœuvre financières.

À l’inverse, les entreprises de 3 à 99 salariés affichent un bilan plus contrasté :

  • –7 % de défaillances au T4,
  • mais +1 % sur l’ensemble de l’année 2025.

Retards de paiement : un facteur aggravant du risque de défaillance

Dans son analyse, Altares souligne un point d’alerte majeur : le retard moyen de paiement interentreprises dépasse 14 jours, un niveau inédit depuis la crise sanitaire.
Face à des trésoreries sous tension, certaines entreprises allongent leurs délais de règlement pour absorber la hausse des coûts logistiques et énergétiques, accentuant mécaniquement le risque de défaut en chaîne.

Ce contexte fragilise particulièrement les partenaires commerciaux les plus exposés et renforce l’importance du suivi du risque client.

Des dynamiques sectorielles hétérogènes

Plusieurs secteurs montrent toutefois des signes d’amélioration en fin d’année :

  • Construction : –8 % de défaillances au T4, portée par le gros œuvre et les travaux publics.
  • Transport routier de marchandises : –16 %, avec une nette résistance du fret.
  • Commerce de détail d’habillement : –5 %.

En revanche, d’autres activités restent fortement dégradées :

  • Mécanique industrielle (+68 %),
  • Taxis (+33 %),
  • Livraison de colis et de repas à domicile (+220 %),
  • Restauration (+8 %),
  • Viticulture (+18 %),
  • Santé humaine et action sociale (+28 % au T4).

Des disparités régionales marquées

Cinq régions basculent dans le vert au 4ème trimestre 2025, avec un recul des défaillances :

Cartes régionales défaillances
  • Normandie (–12,1 %),
  • Hauts-de-France (–3,4 %),
  • Grand Est (–2,1 %),
  • PACA (–2,8 %),
  • Auvergne-Rhône-Alpes (–2,7 %).

A contrario, la situation reste très dégradée en :

  • Pays de la Loire (+22 %),
  • Corse (+26 %),
  • Outre-mer (+24,1 %).

 

 

Vers une accalmie prudente en 2026

Pour Altares, plusieurs signaux laissent espérer un léger repli des défaillances en 2026, notamment grâce à une amélioration progressive des comportements de paiement.
Cette perspective reste toutefois fragile, dans un contexte marqué par des contraintes réglementaires accrues (facturation électronique obligatoire), des tensions persistantes sur les chaînes d’approvisionnement, et des coûts structurels toujours élevés pour les entreprises.

La facturation électronique s’impose donc comme un chantier incontournable pour les entreprises. Dans son article, My DSO Manager détaille l’ensemble des points clés à connaître pour anticiper cette réforme.  

 

Commentaires
Commentez cet article !
Les commentaires font l'objet d'un contrôle de l'éditeur avant leur publication
Ne pas renseigner de données sensibles
Articles liés